Présentation du département

Son histoire

 

La Charente est un département français créé en 1790 sur des critères géographiques (le bassin supérieur et moyen du fleuve Charente), mais aussi historiques car la partie centrale correspond à l'ancien diocèse puis comté de l'Angoumois. Ce territoire, au cours de la période historique avant la Révolution, n'a jamais connu d'unité, ni politique, ni religieuse, ni judiciaire. Son histoire a souvent été associée à celle de l'Aquitaine, mais le comté d'Angoumois, berceau royal, a souvent eu une histoire singulière et a joué un rôle non négligeable dans l'histoire de France.

Zone de plaine parcourue par un fleuve calme, la Charente est parsemée de nombreux sites qui attestent un peuplement dès le Paléolithique qui s'est continué sans interruption au Néolithique puis à l'âge du fer. Après une période gallo-romaine florissante, le haut Moyen Âge voit la poursuite de la christianisation et le bas Moyen Âge la construction d'églises romanes dans chaque village. Durant la guerre de Cent Ans la Charente sert un temps de frontière entre le domaine du roi d’Angleterre et celui du roi de France. Le territoire est ravagé plusieurs fois. Après une période de prospérité, en particulier sous François Ier, les guerres de religion puis l'exode des protestants paralysent l'économie qui doit attendre Napoléon III pour redevenir florissante avec le cognac et l'industrialisation (fonderies, papeteries) à Angoulême.

1. Une présence humaine très ancienne

Les nombreux vestiges retrouvés dans différents gisements (Montgaudier, la Chaise de Vouthon, la Grotte du Placard) témoignent de la présence de l’homme en Charente dès le paléolithique. Ils sont présentés au musée archéologique d’Angoulême et au musée de la Rochefoucauld. 

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En 2006, la grotte de Vilhonneur a livré des représentations pariétales uniques en Europe de la période gravettienne.

Les ruines du théâtre gallo-romain des Bouchauds et des thermes de Chassenon sont le témoignage du séjour et de l’influence des Romains dans la région. C’est au cours de cette même époque que la religion chrétienne commença à se diffuser en Charente par l’intermédiaire de Saint-Auzone. Par la suite, l’Angoumois et Angoulême, connus dès le  Vème siècle sous le nom de « Iculisma » puis « Engolisma », ont connu les migrations des peuples barbares : les Vandales et les Suèves qui ont traversé le pays pour s’installer en Espagne, les Wisigoths qui se sont établis plus durablement dans le sud du pays en choisissant Toulouse comme capitale. Après la bataille de Vouillé (507) les opposant à Clovis, ces derniers ont trouvé refuge dans l’enceinte d’Angoulême. Ils en furent chassés par Clovis qui, avant de rejoindre les provinces du nord, confia l’administration de la province à un comte......

 

2. Le Moyen-âge et les invasions barbares

L’Angoumois a aussi subi l’invasion des Sarrazins, qui, après avoir détruit le royaume des Wisigoths en Espagne franchirent les Pyrénées et alors qu’ils se dirigeaient vers le nord de la France furent arrêtés dans leur conquête territoriale lors d’une bataille livrée en 732 par Charles-Martel entre Poitiers et Tours.

Jusqu’au traité de Verdun de 843 partageant le royaume de Charlemagne en trois royaumes, l’histoire de l’Angoumois s’est confondue avec celle de l’Aquitaine. À partir de cette date, lorsque Charles le Chauve détacha cette province du royaume de l’Aquitaine pour en faire un comté particulier, l’Angoumois eut son histoire particulière.

L’Angoumois connut le règne de la dynastie des Taillefer (845-1217) puis celle des Lusignan de 1217 à 1308. La province entra sous la domination des Anglais à la suite du mariage de Jean Sans Terre, roi d’Angleterre (fils de Richard Cœur de Lion) avec Isabelle, fille d’Hugues de Lusignan, comte d’Angoumois. Guy de Lusignan fut le dernier comte héréditaire de l’Angoumois. Après avoir été séparée de la couronne de France pendant plus de cinq siècles, l’Angoumois y fut définitivement rattachée par Philippe le Bel en 1308.

 

3. La Renaissance

Durant la période qui s’étend du Xème au XIIIème siècle, l’influence de l’Église se développa dans la province. La cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême et l’abbatiale de Saint-Amant de Boixe sont les plus beaux témoignages de cet âge d’or de l’art roman.

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Pendant le XIVème siècle et la Guerre de Cent Ans, les Anglais et le Roi de France l’Angoumois se disputèrent l’Angoumois et Angoulême fut occupée deux fois par les Anglais en 1345 et 1361.

En 1494, naquit à Cognac François, petit-fils de Jean le Bon, Comte d’Angoulême, qui devint François 1er roi de France. En ce début du XVIème siècle, la vie intellectuelle était particulièrement brillante en Angoumois. La sœur de François 1er, Marguerite d’Angoulême qui a marqué les belles lettres Françaises (L’Heptaméron) s’entoura, au château d’Angoulême (actuel Hôtel de Ville) de poètes et de lettrés. Le développement de l’imprimerie (naissance des forges et moulins à papier), introduite à Angoulême à la fin du XVème siècle, accompagna cette renaissance (nombreux châteaux de l’époque dont celui de la Rochefoucauld).

Au XVIème siècle, la Réforme pénétra l’Angoumois qui fut touché par les guerres de religion. Calvin, poursuivi comme hérétique, se réfugia en Angoumois à deux reprises en 1532 et 1534. Au cours de ses séjours, il a converti à sa doctrine de nombreux contemporains dont la comtesse de La Rochefoucauld qui travailla à répandre cette nouvelle religion dans ses domaines. C‘est ainsi que la ville de La Rochefoucauld qui était une des principales villes de la province par son commerce et son industrie, fut l’une des premières à embrasser la Réforme. Les guerres de religion ont marqué la région puisque Angoulême fut saccagée par les réformés en 1562 et 1658

Après la mort d’Henri IV, assassiné par un Angoumoisin, Ravaillac, Marie de Médicis vint se réfugier à Angoulême auprès du Duc d’Epernon, gouverneur d’Angoumois sous les règnes d’Henri III, Henri IV et Louis XIII.

 

4. L’ancien régime

Les règnes de Louis XIII et Louis XIV furent marqués dans la région par la révolte des   « croquants » contre les impôts puis par la Fronde. Malgré ces événements et la peste, qui sévissait encore de façon endémique, le XVIIème siècle fut une période assez brillante pour l’Angoumois, notamment par la présence de Guez de Balzac, le « restaurateur de la langue française » et de François VI de la Rochefoucauld, auteur des célèbres « Maximes ».

Le tournant du XVIIIème siècle transforma la région et la rendit prospère. La distillation du vin et l’eau de vie entraînèrent la création des premières maisons de commerce de Cognac, alimentant, avec le bois et le sel, le commerce sur la Charente. Ce dernier fut encore renforcé avec la création par le marquis de Montalembert, en 1750, de la Fonderie de canons de marine de Ruelle et le développement de l’industrie papetière.

L’intendant Turgot fit réaliser la route Ruffec-Angoulême-Barbezieux et aménager la route Angoulême-Limoges prolongée jusqu’à Cognac. Angoulême devint ainsi un important carrefour de routes. Les intendants qui se succédèrent à la tête de la province furent aussi à l’origine d’importants travaux d’urbanisme.

Pendant la Révolution, la Charente reçut le contrecoup des grands évènements se déroulant à Paris et aux frontières en évitant les abus et les dérèglements. Les différents régimes qui se succédèrent au cours du XIXème siècle furent acceptés sans beaucoup de difficultés, malgré un courant bonapartiste qui se maintint pendant tout le siècle.

Alfred de Vigny séjourna souvent dans ce pays au Maine Giraud et Honoré de Balzac vint trois fois à Angoulême, ce qui lui inspira certains passages de son roman « Les illusions perdues ».

 

5. L’époque contemporaine

L’édification du réseau ferroviaire au tournant de ce siècle changea complètement la physionomie économique du pays entraînant le déclin des ports gabarriers charentais. L’agriculture et le commerce subirent une crise grave à la suite des ravages du phylloxéra. Le vignoble fut reconstitué en 1890 et les maisons de Cognac se développèrent.

L’industrie papetière se spécialisa peu à peu. La dépopulation commença à se manifester.

La Charente fut maintenue à l’écart des guerres de 1870-1871 et de 1914-1918.

Cependant, lors de la dernière guerre mondiale, la Charente vécut l’occupation allemande car elle était coupée en deux par la ligne de démarcation. Angoulême, Cognac et le sud du département furent occupés alors que la Charente limousine resta en zone libre. Le département fit preuve de résistance puisque de nombreux maquis issus notamment des confins de la Charente et du Limousin ont participé à la lutte contre l’occupant et à la libération d’Angoulême qui intervint le 31 août 1944.

À l’issue de la seconde guerre mondiale, le département participa à l’effort de reconstruction. Les préoccupations d’un nouvel urbanisme se manifestèrent avec la prospérité économique du moment.

La littérature fut représentée en Charente au XXème siècle par Jacques Chardonne et le monde politique, marqué par des personnalités charentaises de renom : Félix Gaillard, plus jeune Président du Conseil de la IVème République, Jean Monnet, inspirateur du marché commun européen et François Mitterrand, président de la République de 1981 à 1995, inhumé à Jarnac le 11 janvier 1996.

En ce début de XXIème siècle, alors que les industries traditionnelles de la Charente sont en déclin ou en cours de reconversion (industrie textile, papeterie..) et que le vignoble du cognac qui a connu une grave crise à la fin du XXème siècle est lui aussi en cours de reconversion, le département de la Charente s’oriente vers le développement des nouvelles technologies et des industries de pointe notamment liées au monde de l’image du virtuel et de l’industrie de l’audiovisuel. Le Pôle Image Magélis avec ses branches grand public (futur musée du cinéma), éducative (école du jeu vidéo, lycée de l’image et du son) et professionnelle (studio de production de dessins animés numériques, laboratoire de nouvelles images) participe à ce mouvement.

 

6. Le patrimoine

Fort de son histoire, le département de la Charente propose un patrimoine très riche qui repose essentiellement sur le bâti et les sites : 154 monuments historiques classés dont une majorité d’églises (88) et de sites préhistoriques (22).

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Le département est en effet jalonné d’une grande quantité d’églises romanes d’une qualité architecturale majeure. On peut citer notamment l’abbaye de Saint Amant de Boixe, les églises de Lesterps, Nanteuil en Vallée, Chateauneuf, La Couronne et Saint Michel. La Charente est ainsi l’un des départements les plus riches en art roman, le symbole en est tout de même la cathédrale Saint-Pierre d’Angoulême remodelée par Paul Abadie au XIXème siècle.

Outre les joyaux de l’art roman, comment ne pas citer le patrimoine historique très important dont la Charente peut se prévaloir : les thermes gallo-romains de Chassenon, le théâtre des Bouchauds, l’église monolithe d’Aubeterre sur Dronne et les divers châteaux qui jalonnent le paysage Charentais :

le château de La Rochefoucauld, de Nanteuil, de Villebois-Lavalette, de Rochebrune, de la Tranchade,…Les villes d’Angoulême, Cognac et Confolens ainsi que quelques communes rurales conservent de très belles maisons anciennes telles que l’hôtel Saint-Simon dans le vieil-Angoulême ou la maison du marquis de Montalembert sur les remparts.

De plus, le département compte un patrimoine industriel important. Les installations plus que centenaires des grandes maisons de Cognac et le site de la Direction des constructions navales à Ruelle en sont une bonne illustration.

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